J’ai pensé récemment à la pertinence actuelle des grandes œuvres du prix Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude (1967) et L’amour au temps du choléra (1985). Ces récits ne traitent pas seulement de la nature imparfaite mais touchante de la vie et de l’amour des humains mais aussi de la nature cyclique de l’histoire, qui semble se répéter (bien que jamais exactement de la même manière).
Il y a cinq ans, nous avons vécu notre propre « temps du choléra » quand la pandémie de COVID-19 s’est abattue sur nous. J’ai attrapé la COVID-19 le premier jour du confinement. Il y a trente ans, en 1995, des femmes et des hommes du monde entier ont lutté ensemble en faveur des droits des femmes et de l’égalité des genres lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes des Nations unies à Beijing. J’en faisais aussi partie. Et, il y a un peu plus de 90 ans, des leaders autoritaires sont arrivés au pouvoir en un temps record en Allemagne, une démocratie en proie à des difficultés économiques et sociales grandissantes, ainsi que dans d’autres pays. Ça vous rappelle quelque chose?
Les relations humaines semblent avoir été fondamentalement modifiées par la pandémie, la polarisation accrue de la population et la réémergence de régimes populistes autoritaires. Nous avons perdu beaucoup de capital social pendant cette période (rappelons-nous du livre avant-gardiste de Robert Putnam, Bowling Alone [2000]), mais nous avons également tissé de nouveaux liens. Bien que nous ayons fait du chemin pour garantir à tous les êtres humains l’égalité des chances et bâtir une société plus inclusive, il reste encore beaucoup à faire, et nous risquons même de perdre certains acquis durement obtenus au cours des dernières décennies.
Mais en fait, l’histoire ne se rĂ©pète pas sans intervention humaine. Chacun d’entre nous a le pouvoir, voire le devoir, d’influencer notre histoire et son Ă©volution. Cependant, Ă mesure que le temps passe, nous devons nous adapter et apprendre sans cesse. Et les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur comme l’École d’éducation permanente de l’UniversitĂ© ´ó·˘˛ĘƱƽ̨ doivent aussi s’adapter. L’école est, par dĂ©finition, un Ă©tablissement d’enseignement. Pour enseigner, crĂ©er et diffuser de nouvelles connaissances et soutenir nos apprenant·es, nous nous appuyons sur l’expĂ©rience et l’expertise des nombreuses personnes faisant actuellement partie de la communautĂ© de l’ÉÉP mais aussi sur celles qui Ă©taient lĂ avant nous. Nos apprenant·es se rĂ©inventent constamment pour acquĂ©rir de nouvelles habiletĂ©s, changer de carrière et progresser dans la profession de leur choix, contribuant ainsi au capital social et intellectuel de l’École.
Dans les deux dernières années, nous avons bénéficié de cette expérience collective, de cet apprentissage et des données du marché pour mettre à jour et réviser plusieurs de nos programmes et nous assurer que ceux-ci sont non seulement actualisés et pertinents mais qu’ils pavent aussi un avenir que nous ne pouvons pas encore complètement imaginer. Il peut être difficile de s’adapter au changement et de le gérer, et il en va de même pour les connaissances et les informations nouvelles. On peut tenter, comme les personnages de Cent ans de solitude de Garcia Marquez, d’éviter le changement en s’isolant de plus en plus jusqu’à finalement disparaître, ou on peut suivre le mouvement. Il y a longtemps, le philosophe Héraclite a observé que la seule constante de l’existence est le changement lui-même. La formation et l’apprentissage continus nous permettent de modeler ces changements et de grandir avec eux. Tout comme Florentino dans L’amour au temps du choléra (Ch. 4), qui avait « l’intime conviction que les êtres humains ne naissent pas une fois pour toutes… mais que la vie les oblige de nouveau et bien souvent à accoucher d’eux-mêmes », nous pouvons utiliser l’apprentissage et l’enseignement pour favoriser notre renaissance. Je vous souhaite un agréable printemps!